2009. Paris 18ème – Quartier Goutte d’Or-Château Rouge. Espaces désertés, immeubles délabrés, constructions en désintégration, ces lieux ont pourtant une âme… Endroits laissés à l’abandon, ils se transforment, se recouvrant de tags et de végétation, perdant leur intégrité et leur mission première d’habitation pour abriter une autre forme de vie et d’expression. Vidés de leurs êtres, ces espaces désincarnés y trouvent une vie propre.

En pleine réhabilitation, tout le quartier de la Goutte d’Or-Château Rouge se reconstruit et voit disparaître ces lieux inhabitables. Quelques images pour garder une trace de ces espaces voués à la disparition.

2014. En revenant sur ce travail de 2009, je me suis posé la question du stade d’évolution de ces immeubles aujourd’hui. J’ai donc pensé retourner sur place prendre des images avec le même cadrage afin de garder uniquement la trace du passage du temps, mais je me suis alors demandé quelle serait ma valeur ajoutée en tant que photographe dans la photographie elle-même. A partir du moment où la démarche est posée, le lieu et la composition déjà prévus, je ne suis là que pour appuyer sur le bouton. Mais il faut bien appuyer sur le bouton pour que l’image existe.

Ou pas, puisque l’image existe déjà. En effet, la cartographie de plus en plus exhaustive des rues élaborée par Google Street View nous permet d’accéder à un moment de réalité enregistré et me donne accès, en tout cas pour la plupart, aux images dont j’ai besoin pour mon propos. Je peux donc céder à cette facilité. Mais est-ce que je le dois ? Cela questionne le rôle du photographe, le rôle de l’image et la manière dont elles sont consommées.